Article traduit du numéro de mars/avril 1986 du Bethel Ministries Newsletter

L’exclusion

par Randall Watters

Jésus nous a laissé un modèle plein d’amour à suivre pour ce qui est de parler à nos frères et sœurs et de leur faire prendre conscience de (1) leurs problèmes relationnels, ou (2) de leurs péchés non confessés. En Matthieu 18:15-18, Jésus indique qu’il y a trois pas à franchir pour parler à un frère afin d’aplanir des difficultés ou de redresser ce qui ne va pas. Dans le cas où ces trois étapes seraient infructueuses, il dit : " Qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts. " — Matthieu 18:17b, Traduction Œcuménique de la Bible*.

En correspondant avec les Corinthiens, Paul avait appris qu’un chrétien cohabitait avec sa belle-mère, la femme de son père. Il leur avait donc écrit pour leur dire de ne pas fréquenter " quelqu’un qui, tout en se nommant frère, serait débauché, ou cupide, ou idolâtre, ou insulteur, ou ivrogne, ou accapareur, et même de ne pas manger avec un tel homme " (1 Corinthiens 5:11). Des conseils semblables furent donnés au sujet des gens sans loi dans l’église qui ne réagiraient pas après avoir été conseillés (2 Thessaloniciens 3:14, 15). Mais, dans le cas des Corinthiens, ce sont à la fois l’église et l’individu qui n’avaient pas réagi favorablement. C’est pourquoi Paul leur avait dit : " Expulsez le méchant du milieu de vous. " — 1 Corinthiens 5:13.

Le but de l’exclusion est (1) d’amener le chrétien égaré à se repentir, (2) d’ôter de l’église une pierre d’achoppement, afin que les autres membres ne soient pas contaminés (1 Corinthiens 5:6, 7), (3) d’amener les autres à craindre le jugement divin pour avoir persévéré dans une mauvaise conduite, et (4) d’épargner à l’église une mauvaise réputation auprès du monde (Romains 2:23, 24). Si le frère égaré recherchait le pardon et manifestait un repentir sincère pour ses actes et son attitude, il fallait lui pardonner et l’accepter de nouveau dans l’église. Il ne serait donc pas trop malmené par Satan, sous l’autorité duquel il avait été placé en étant jeté dans le monde. — 2 Corinthiens 2:10, 11.

En général, la tendance qu’ont les anciens manquant d’amour à abuser de leur autorité se trouve restreinte quand l’église a peu d’autorité sur la vie des ses membres. Mais lorsque l’église ou une organisation religieuse se transforme en un système ecclésiastique qui exige une soumission absolue à son autorité, la Bible devient un outil puissant pour intimider les personnes et les forcer à se soumettre, de peur qu’elles ne perdent quelque chose de très précieux à leurs yeux. Pourtant, il est conseillé aux anciens de marcher dans l’humilité (1 Pierre 5:1-6) et de devenir des exemples pour tous (1 Timothée 4:12). Ils doivent avoir une tendre affection pour les autres (Romains 12:10). En même temps, ils doivent être prêts à prier pour ceux qui sont malades (Jacques 5:14, 15), à corriger ceux qui s’égarent (Galates 6:1), à mettre un terme au bavardage malfaisant (1 Timothée 1:3-7 ; Tite 1:9), et à avertir le troupeau contre les fausses doctrines et les faux enseignants ou les idées erronées qui peuvent exister au sein de l’église (Romains 16:17, 18 ; Tite 3:10, 11). Si cela s’avère nécessaire, et afin de protéger le troupeau, l’offenseur sera déclaré comme étant une mauvaise fréquentation (2 Thessaloniciens 3:14, 15) ou exclu (1 Corinthiens 5:11-13)

Considérons 2 Jean 9, 10. Dans ce passage, Jean n’épargne aucun mot pour nous avertir contre les enseignants qui vont trop au delà de l’évangile, mettant en avant de nouveaux enseignements qui renient le véritable sens de la bonne nouvelle. Vers la fin du premier siècle, il y avait déjà beaucoup d’enseignants de ce genre, comme les Gnostiques ou les partisans du Docétisme. Pour protéger l’église des faux enseignants, l’apôtre dit qu’il ne fallait accepter des visiteurs chrétiens qu’à la condition que ceux-ci confessent " Jésus Christ venant en chair " (2 Jean 7, Osty, Darby). Le verbe grec est ici au présent, ce qui indique un sens continu, par contraste avec 1 Jean 4:2 et 5:6, où il est parlé de Christ comme étant venu dans la chair (temps passé). Howard Marshall explique dans son ouvrage The Epistles of John :

" Il semble improbable […] que les faux enseignants aient simplement nié la réalité de l’incarnation. L’emploi du présent et du parfait prend tout son sens s’il fallait démontrer que Jésus Christ était venu et existait toujours ‘ en chair ’. Nous savons que quelques penseurs gnostiques enseignaient qu’une puissance céleste (le Christ) était venu sur Jésus lors de son baptême sous la forme de l’Esprit, mais qu’elle s’était séparée de lui après la crucifixion et qu’il n’y avait pas eu d’union durable entre le Christ divin et l’homme Jésus, ni, par conséquent, de réelle et perpétuelle incarnation. La formulation de la foi orthodoxe en Jésus Christ, formulation donnée par l’ancien, semble avoir pour but d’exclure ce genre d’interprétations au sujet de la personne de Jésus. Pour lui, il était évident qu’il y avait eu une véritable incarnation, que la Parole était devenue et demeurait chair. " (pp. 70, 71)

Si cette interprétation est bonne, alors ceux qui nient que Christ possède actuellement un corps de chair glorifié doivent être classés parmi les antichrists, à l’instar de certains groupes non orthodoxes du premier siècle.

Les Témoins de Jéhovah et l’exclusion

Les Témoins de Jéhovah pratiquent l’exclusion, non seulement dans le cas de pécheurs non repentants, mais également pour bon nombre d’autres raisons. Depuis 1973, par exemple, un Témoin qui fume est passible d’exclusion. Il en serait de même pour celui qui travaillerait pour le Ministère de la Défense ou pour l’armée, ou encore pour celui qui serait employé par une organisation religieuse quelconque. Entrer dans une église rend passible de la même peine, tout comme accepter une transfusion de sang, saluer le drapeau (ou tout autre acte de patriotisme), célébrer une fête, parler à un ou une exclu(e) (y compris un membre de sa famille), être en désaccord sur n’importe quel point doctrinal, etc. La liste des fautes passibles de cette punition s’accroît chaque année.

La Société Watch Tower n’a pas toujours eu une attitude aussi légaliste. Tout comme au sein de nombreux mouvements religieux, il y avait abondance de grâce au début. Mais à mesure que ce mouvement s’est structuré, les règles et les codes de conduite prirent la place de la grâce et de la miséricorde. Notez ce que disait La Tour de Garde il y a plusieurs décennies :

" Nous ne refuserions pas de traiter quelqu’un comme un frère parce qu’il ne croirait pas que la Société est le canal de communication du Seigneur. […] Si d’autres voient les choses différemment, c’est leur privilège. Il doit y avoir une totale liberté de conscience. " — La Tour de Garde (éd. angl.), 1er avril 1920, pp. 100, 101.

Il n’a pas fallu longtemps, pourtant, pour que les " persécutés " deviennent persécuteurs. Vers 1930, ceux qui étaient en désaccord avec le président Rutherford furent qualifiés de " mauvais esclaves " et mis dans la même classe que l’" homme de la perdition ", destinés à être détruits (La Tour de Garde [éd. angl.], 1930, pp. 275-281).

En 1952, une politique spécifique d’exclusion fut mise en place. Les Témoins ne pouvaient même plus saluer un exclu. La Tour de Garde du 1er juillet 1952 disait à propos d’une personne exclue : " Ceux qui dans l’assemblée sont au courant de la situation ne devraient jamais lui dire ‘ Bonjour ’ ou ‘ Au revoir ’. Elle n’est pas la bienvenue parmi nous. Nous l’évitons. " (p. 200)

À partir de 1955, un Témoin qui fréquentait un exclu était passible d’exclusion (La Tour de Garde du 1er octobre 1955, p. 607 ; éd. fr. du 1er février 1956, p. 48).

En janvier 1972, il fut déclaré qu’un acte d’homosexualité ou de bestialité n’était pas de la pornéïa (fornication), et qu’il n’était pas possible de divorcer d’un conjoint qui commettrait un tel acte (Matthieu 5:32). Si un conjoint innocent divorçait quand même dans de telles conditions, il risquait de commettre un adultère s’il se remariait, et pouvait donc être exclu (La Tour de Garde du 1er janvier 1972, p. 32 ; éd. fr. du 1er juillet 1972, p. 415). Et pourtant, en décembre de la même année, ils changèrent de point de vue et enseignèrent que tous les types de relations sexuelles illicites autorisaient le divorce, y compris les actes mentionnés auparavant (La Tour de Garde du 15 décembre 1972, pp. 767, 768 ; éd. fr. du 15 mars 1973, pp. 189, 190).

En 1974, le Collège central s’immisça dans les chambres à coucher des Témoins, promulguant des règles de conduite pour le comportement au lit des couples mariés. Les relations sexuelles orales et anales, ou toute autre pratique qualifiée de " perversion " ou " contre nature " dans le domaine sexuel les rendait passibles d’exclusion. (La Tour de Garde du 15 novembre 1974, p. 704 ; éd. fr. du 1er février 1975, pp. 95, 96. Voir aussi les numéros du 15 juin 1974, p. 384 et du 1er décembre 1974, pp. 708-710 [éd. angl. du 1er mars 1974, p. 160, et du 15 août 1974, pp. 484-486].)

Assez étrangement, ils semblaient avoir assoupli leur position vis-à-vis des exclus dès le mois d’août 1974. On lisait par exemple dans La Tour de Garde du 1er août 1974, p. 467 (éd. fr. du 15 novembre 1974, p. 690) :

" Les aînés ainsi que les autres membres d’une congrégation doivent donc se garder de développer une attitude du genre de celle que préconisaient les écrivains rabbiniques envers les Gentils en les considérant pratiquement comme des ennemis. "

L’article disait en substance qu’il ne fallait pas traiter les exclus avec une cruauté excessive, particulièrement dans le cas de membres de la famille ou encore de ceux qui vivaient des situations manifestement difficiles. Il disait qu’il ne fallait pas agir comme les Pharisiens qui prenaient l’autre côté de la route quand ils rencontraient un Gentil en difficulté. — La Tour de Garde du 15 novembre 1974, pp. 690, 691.

Avec le numéro de La Tour de Garde du 15 février 1978, les anciens n’avaient plus à mettre leur nez dans les chambres à coucher des Témoins, et ne devaient plus ni intimider ni espionner les proclamateurs, bien que les pratiques interdites soient toujours considérées comme impures (p. 32 ; éd. fr. du 15 mai 1978, pp. 31, 32).

Un renversement de tendance était cependant en attente pour les années 1980. Avec l’agitation que connut l’organisation après la débâcle de 1975 et les secousses qui agitèrent le siège mondial en 1980, une ligne plus dure fut adoptée en 1981 envers les exclus et ceux qui s’étaient retirés volontairement.

La lumière s’accroît

Comme la fin du monde n’avait pas eu lieu en 1975, et avec les secousses que connut le siège mondial en 1980, ceux qui avaient été exclus ou s’étaient retirés volontairement furent traités plus durement à partir de 1981. Même les membres de la famille devaient être évités, sauf en cas de nécessité absolue. (La Tour de Garde du 15 septembre 1981, pp. 26-31 [éd. fr. du 15 décembre 1981, pp. 25-30], article " Quand un membre de la famille est exclu ".) La Tour de Garde dit clairement que les Témoins ne doivent même pas dire " bonjour " à une personne qui a quitté l’organisation. Nous lisons à la page 23 de ce périodique :

" Nous savons tous par expérience qu’un simple ‘ bonjour ’ peut constituer le premier pas vers une conversation et peut-être vers une amitié. Voulons-nous faire ce premier pas vers une personne exclue ? "

En dépit de l’interdiction, pourtant, certains Témoins exprimaient leur mécontentement ou leur désaccord vis-à-vis de la Société Watch Tower. De plus en plus d’entre eux étaient victimes d’une " chasse aux sorcières " là où ceux qui étaient suspectés d’être des dissidents étaient interrogés pour savoir s’ils croyaient toujours que la Société était le " canal de communication de Dieu ". La plupart de ceux qui étaient interrogés étaient automatiquement exclus, souvent lors de réunions secrètes et sans avoir pu bénéficier d’un procès équitable. C’est ainsi que le bruit commença à circuler que tout n’allait pas pour le mieux avec la doctrine de la Société Watch Tower. Le problème prit spécialement de l’ampleur dans les familles où un dissident pouvait parler aux autres membres tout en restant caché des anciens.

Afin d’étouffer tous les bruits, La Tour de Garde du 1er janvier 1983 (pp. 30, 31 ; éd. fr. du 1er avril, pp. 30, 31) contenait un article " Question des lecteurs " qui demandait : " Comment pouvons-nous aider les chrétiens de notre congrégation qui ont un membre de leur famille exclu ? "

La première partie de l’article s’en prenait à ‘ l’état de cœur ’ de la personne, excluant toute possibilité qu’elle ait quitté l’organisation pour une raison valable. Voici un simple exemple :

" […] si une personne a été exclue, c’est qu’à ce moment-là elle avait incontestablement un cœur vraiment mauvais et (ou) qu’elle était résolue à persévérer dans une voie qui déshonorait Dieu. Pierre écrivit que la situation d’une telle personne est pire que lorsqu’elle n’était pas encore chrétienne ; elle ressemble à ‘ une truie qui a été lavée et qui est retournée se vautrer dans le bourbier ’. "

Cependant, La Tour de Garde admettait — avec réticence — que les gens sont humains (ce qui est pour eux un obstacle omniprésent). L’article continuait ainsi :

" Cependant, les sentiments humains, notamment l’affection que l’on porte à quelqu’un, peuvent être très puissants, si bien qu’un chrétien dont le conjoint ou un parent proche a été exclu aura du mal à se conduire envers lui en accord avec la mesure d’exclusion. "

Dans la suite de l’article, il est affirmé que ceux qui ont quitté l’organisation (y compris les membres de la famille) gâtent le " bonheur " du reste de la famille. Ils prennent comme exemple une famille représentée par trois générations : (1) les enfants, (2) les parents, qui sont exclus et (3) les grands-parents (des Témoins de Jéhovah typiques). On lit :

" Évidemment, il appartient aux grands-parents de décider si certaines questions familiales rendent nécessaires un contact limité avec leurs enfants exclus. Cependant, il est vraiment regrettable qu’à cause de leur conduite non chrétienne des enfants aient ainsi gâté le plaisir légitime auquel goûtaient ces grands-parents. "

Bien sûr, le lecteur peut apercevoir quelque vestige de sentiment humain au milieu de cette tirade intransigeante. Puis la phrase suivante est lancée, burlesque de par son ironie :

" Il suffit de faire un effort particulier pour se montrer chaleureux et s’intéresser à ce chrétien, et par-dessus tout pour faire preuve de spiritualité. "

L’attaque continue avec l’exemple d’un couple dont l’un des membres est exclu : " […] le conjoint exclu a démontré qu’il n’est pas le genre de personne que nous souhaitons fréquenter. […]. Peut-être pourrons-nous rendre visite à ce chrétien ou à cette chrétienne lorsque son conjoint exclu ne sera pas à la maison. "

Ainsi, en d’autres mots, La Tour de Garde est allée jusqu’à adopter l’attitude des auteurs Juifs contemporains de Jésus, la dépassant même à l’occasion. Non seulement il est interdit pour un Témoin de parler à quiconque a quitté l’organisation, mais il doit également fuir cette personne comme la peste. Ceux qui ont vu des Témoins manifester cette attitude peuvent ajouter qu’ils évitent même tout contact visuel avec les exclus, et qu’il vont parfois jusqu’à déménager pour ne plus les rencontrer, comme cela est parfois arrivé. Ils démontrent, par cette attitude, qu’ils se doivent de " punir " ceux qui les quittent, et que cette punition est presque toujours de nature psychologique.

À partir du 1er juillet 1984, et à cause d’un nombre de plus en plus grand de procès intentés à la Société Watch Tower vers la fin des années 1970 du fait de sa politique d’exclusion, celle-ci a officiellement cessé d’exclure ceux qui voulaient quitter l’organisation. Le livre Une organisation pour prêcher le royaume et faire des disciples, publié en 1972, préconisait pourtant d’exclure toute personne qui se retirait de la Société Watch Tower, quelle qu’en soit la raison. Bien que cette pratique ait encore parfois été observée depuis l’article du 1er juillet 1984 (paru en français dans l’édition du 1er octobre 1984), la plupart de ceux qui ont quitté les Témoins sont maintenant considérés comme " retirés ", bien qu’ils soient traités comme les exclus.

Cependant, on attribue toujours à ceux qui se retirent de mauvais mobiles ou une attitude méchante et pécheresse. Notez comment La Tour de Garde les considère :

" Comme le laisse entendre Jean 6:66, il se peut aussi qu’un Témoin décide de lui-même d’abandonner la voie de la vérité. Peut-être fera-t-il connaître sa position une fois qu’un comité a commencé à s’occuper d’une faute qu’il a commise. […] il est inutile que les anciens poursuivent leur enquête. " — La Tour de Garde du 1er octobre 1984, p. 31.

L’article implique qu’il a ‘ commis une faute ’, soit parce qu’il veut partir, soit — plus probablement — parce qu’il est impliqué dans une forme ou une autre de péché.

La Tour de Garde du 15 décembre 1984, dans un effort pour empêcher les Témoins d’en apprendre trop, plantait ce dard supplémentaire :

" Nous avons été avertis qu’il y aurait des apostats et des gens dont le seul désir serait de se faire chatouiller les oreilles. Les instructions renfermées en II Jean 9-11, en I Corinthiens 5:11-13 et en II Timothée 3:5 ne nous permettent pas de frayer avec ceux qui abandonnent le vrai culte. Il ne conviendrait pas non plus que nous achetions ou que nous lisions leurs écrits. " (p. 19)

Il était devenu évident que de plus en plus de personnes remettaient encore en question les enseignements de la Société Watch Tower, lisaient des ouvrages qui étalaient son passé ou discutaient avec des parents exclus. En conséquence, dans La Tour de Garde du 15 juillet 1985, le Collège central appliquait le commandement contenu en 2 Jean 10 (contre les antichrists) à ceux qui s’étaient retirés. Il n’est absolument pas fait mention du contexte de ce passage (le verset 7 dit qu’il s’agit de ceux qui nient le Christ comme venant dans la chair). Il n’empêche que la punition prévue pour les enseignants apostats est maintenant appliquée à tous ceux qui se retirent. L’article ne précise pas s’il faut éviter tout contact avec les membres de la famille qui vivent sous le même toit ou non. Citant leur propre livre Auxiliaire, ils disent :

" Ceux qui abandonnent ainsi volontairement la congrégation chrétienne font désormais partie de ‘ l’antichrist ’. (I Jean 2:18, 19.)

" L’individu qui s’était volontairement et formellement retiré de la congrégation correspondait tout à fait à cette description. " (p. 32)

On conseille donc maintenant aux Témoins de ne pas même adresser la moindre salutation à ces personnes, et d’éviter de les recevoir chez eux. Si l’un d’eux avait un conjoint " apostat ", des concessions pourraient être faites, bien que cela ne soit pas indiqué ici.

Mais quelques Témoins continuaient à entretenir des doutes et en parlaient en privé. En novembre 1985, La Tour de Garde avertit ses lecteurs contre le fait de " participer aux péchés d’autrui ". Comment cela ? En ne rapportant pas aux anciens les " transgressions " commises par un frère ou une sœur. Étant donné que le fait de ne pas être d’accord avec la Société Watch Tower constitue une " transgression ", les Témoins sont encouragés à parler de leurs amis ou parents qui n’accepteraient pas intégralement la doctrine de la Société. Dans le cas contraire, ils participeraient aux péchés des " apostats ". — La Tour de Garde du 15 novembre 1985, pp. 19, 20.

Le Collège central soutient que ceux qui rejettent l’un quelconque des enseignements de la ‘ mère ’ organisation sont des ‘ apostats ’ par rapport à la véritable foi chrétienne. La Tour de Garde du 15 mars 1986 contient même une aide visuelle, montrant la photographie d’un Témoin en train de jeter une publication ‘ apostate ’ dès qu’elle a été déposée dans sa boite aux lettres. Nous lisons :

" Et vous, que feriez-vous si vous entriez en contact avec les idées d’un apostat, avec des raisonnements perfides visant à vous convaincre que les croyances des Témoins de Jéhovah sont fausses ? Par exemple, quelle serait votre réaction si, en ouvrant une lettre qui vous est destinée, vous vous aperceviez aussitôt qu’elle émane de ce genre de personne ? La curiosité vous pousserait-elle à la lire, ne serait-ce que pour savoir de quoi elle parle ? Peut-être vous diriez-vous : ‘ Je ne risque rien. Je suis suffisamment fort dans la vérité. Et de toute façon, nous n’avons rien à craindre si nous possédons la vérité. Celle-ci sortira victorieuse de l’épreuve. ’ Pour avoir raisonné de la sorte, certains ont nourri leur esprit de pensées erronées, et ils se sont mis à douter sérieusement. " (p. 12)

" Aussi, soyons tous pleinement résolus à ne toucher sous aucun prétexte au poison que les apostats veulent nous faire absorber. " (p. 20)

Le Collège central entretient dans l’esprit de ses disciples une crainte abjecte de tous les dissidents. Ils espèrent ainsi que les Témoins s’enfuiront à la vue de tout ce qui remet leur autorité en question. Dans La Tour de Garde du 1er avril 1986, ils s’efforcent de justifier leur politique d’exclusion de tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le moindre des enseignements de la Société Watch Tower. Ils accusent le clergé de n’avoir aucune autorité parce que ses membres ne sont pas d’accord sur tous les points de doctrine. Ils citent ensuite Galates 1:8, 9 hors contexte afin de " prouver " que les églises enseignent une bonne nouvelle différente de celle de l’apôtre Paul, ce qui est faux. Ils citent aussi 1 Corinthiens 1:10 pour tenter de " prouver " que l’église primitive n’était pas divisée, mais le contexte de ce verset prouve le contraire, puisque les Corinthiens connaissaient réellement des désaccords. Paul n’a jamais vraiment dit, de toute façon, qu’ils avaient fait disparaître leurs différences. Au contraire, l’église connaissait de nombreuses divisions à propos de problèmes mineurs, selon ce qu’indiquent les trois premiers chapitres de l’Apocalypse. Ils font ensuite une remarque essentielle :

" Pour être accepté comme un compagnon agréé des Témoins de Jéhovah, il faut adhérer à l’ensemble des vérités bibliques, y compris aux croyances basées sur les Écritures qui sont spécifiques des Témoins. " (p. 31)

Ils donnent ensuite la liste de ces croyances :

  1. Leur point de vue sur la légitimité de la souveraineté de Dieu.
  2. Jésus Christ a eu une existence préhumaine en tant que créature avant sa naissance.
  3. Le Collège central des Témoins de Jéhovah est l’unique groupe habilité à interpréter la Bible.
  4. En 1914, le Royaume de Dieu a été établi dans les cieux et la présence annoncée du Christ a commencé.
  5. 144 000 chrétiens recevront la récompense céleste.
  6. Har-Maguédon est proche. Cette guerre sera suivie du rétablissement du Paradis sur la terre, où vivront les autres Témoins.

De cette manière, en donnant une fausse image de l’église du Nouveau Testament, le Collège central sème la confusion. Selon les Écritures, l’église était divisée sur bien des points, mais unie sur les principales doctrines : le message de l’évangile (1 Corinthiens 15:3, 4), l’incarnation du Christ (1 Jean 4:2 ; 2 Jean 7) ainsi que sa qualité de Messie dans le contexte Juif (1 Jean 2:22, 23). Plus tard, l’apparition de certaines hérésies rendit nécessaires plusieurs clarifications dans la doctrine, comme la divinité de Christ, le moyen du salut, etc. De nos jours, les églises ‘ orthodoxes ’ sont d’accord sur ces points. De surcroît, les Témoins admettent qu’ils enseignent, depuis 1918, un évangile nouveau, qui n’avait pas été enseigné auparavant, à savoir le retour invisible de Christ et l’établissement du royaume en 1914 (La Tour de Garde du 1er août 1981, p. 17). Ce sont donc eux, et non pas les églises, qui tombent sous le coup de la condamnation que reçoivent ceux qui prêchent une bonne nouvelle différente et un Jésus différent. — 2 Corinthiens 11:4 ; Galates 1:8, 9.

Avec le temps, on peut s’attendre à ce que la Société Watch Tower devienne même plus paranoïaque encore au sujet de la remise en question de son autorité ou de sa doctrine, et ce pour deux raisons principales : (1) on dispose d’une quantité d’informations de plus en plus importante qui expose au grand jour leur malhonnêteté intellectuelle, et (2) un nombre de plus en plus grand de dissidents s’exprime ouvertement. Leur seul recours (en supposant qu’ils veuillent maintenir leur actuelle autorité absolue sur leurs membres) est de rendre plus opaque le " rideau de la Watch Tower " entre eux et ceux de leurs membres qui retrouvent leur liberté. Prions tous pour que ce rideau soit bientôt levé.

Article traduit du numéro de janvier/février 1987 du Bethel Ministries Newsletter

Jacques a dit…

Fuyez votre propre famille

par Joe et Helen Ortega et Randall Watters

" Jacques a dit " est un jeu pour les enfants, du genre il faut faire ce qu’a dit le chef. Pourtant, ce sont parfois les adultes qui y jouent, avec de graves conséquences. Cet article parle de ces conséquences, telles qu’on les observe chez les Témoins de Jéhovah.

Il n’y a pas longtemps, ce journal contenait deux articles sur l’exclusion, et je vous présente mes excuses pour les répétitions qui seront faites ici. Peut-être comprendrez vous la nécessité de ce nouvel article après avoir lu les extraits de lettres qu’il contient. Il y a quelques jours, je n’ai pas pu retenir mes larmes après avoir lu ces lettres et m’être rendu compte de la douleur et de la souffrance que connaissent certains après avoir quitté la Société Watch Tower.

Nous savons que les membres des familles de ces personnes qui sont Témoins de Jéhovah sont encouragés à les traiter plus mal que des étrangers. Ils doivent fuir ceux qui ont été expulsés et considérer qu’ils n’existent plus, ce qui constitue un traitement dénué d’humanité et de compassion. Ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’organisation de la Société Watch Tower trouvent ce comportement choquant. On est vraiment très loin de ce que Jésus a dit à propos de la façon dont on reconnaîtrait ses disciples : à leur amour. — Jean 13:35.

Voici un exemple de la manière dont un homme a été traité après avoir quitté la Société Watch Tower lorsqu’il se fut rendu compte qu’elle ne possédait pas " la vérité ". Sa femme, qui est toujours Témoin, a divorcé d’avec lui dès qu’il en est parti. Il a eu un grave accident d’automobile et a passé plusieurs semaines à l’hôpital à cause de plusieurs blessures à la tête. Voici ce qu’il écrit :

" Mon ex-femme n’a jamais laissé les enfants venir voir comment j’allais ni m’envoyer une carte. Aucun Témoin de Jéhovah n’est jamais passé me voir ni ne m’a jamais écrit le moindre mot. J’ai pourtant eu la bénédiction d’avoir de bons amis chrétiens qui m’ont appelé et sont venus à l’hôpital. "

Voici une autre lettre d’une dame qui n’a jamais été Témoin de Jéhovah, mais dont la fille l’est devenue. Le " crime " de cette dame était d’être chrétienne et d’assister aux offices d’une église. Elle écrit ces mots qui brisent le cœur : " Elle a cessé de venir me voir et ne m’amène plus mes petits-enfants. S’il vous plaît, dites-moi ce que je dois faire. "

Une autre lettre dit encore : " Après mon exclusion, toute ma famille n’a plus rien eu à faire avec moi. Je ne peux plus voir ni ma fille ni ses enfants. Cela fait 5 ans. "

Un homme habitant en Floride écrit : " J’ai quatre filles et je ne les ai pas vues en trois ans. Elles sont Témoins de Jéhovah. " Une jeune femme de Chicago a écrit récemment :

" Il est difficile pour mes enfants de comprendre pourquoi ils ne peuvent pas aller à l’enterrement de leur grand-mère. Elle est morte en tant que Témoin et tous les membres de la famille sont Témoins. On leur a dit de ne pas y aller parce que je suis exclue. Ils ne comprennent vraiment pas. "

Pourquoi cette organisation qui prétend croire à la Bible a-t-elle des règles contraires aux Écritures, dénuées de tout sentiment humain et qui brisent les liens familiaux ? Revoyons leurs explications en consultant La Tour de Garde. Ils disaient dès 1963 :

" [L’exclusion] sert aussi de puissant exemple aux membres de la congrégation qui seront à même de constater les effets désastreux qu’entraîne l’ignorance des lois de Jéhovah. Paul dit : ‘ Reprends devant tous les assistants ceux qui pratiquent le péché, pour que les autres aussi aient de la crainte. ’ — I Tim. 5:20, NW. " — La Tour de Garde du 1er novembre 1963, p. 668.

Tandis que l’exclusion pour avoir commis un grave péché sans se repentir est légitime (1 Corinthiens 5:13), la Société Watch Tower expulse tous ceux qui sont en désaccord avec le moindre de ses enseignements ou la moindre de ses lignes de conduite ; c’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles elle est considérée comme une secte*. Chez les Témoins de Jéhovah, être exclu par les anciens (même pour des raisons doctrinales mineures) signifie être totalement rejeté par Dieu :

" C’est un grand malheur pour une personne d’être exclue. Car l’exclusion signifie un retranchement, non seulement de l’organisation visible de Dieu sur la terre, mais l’éloignement de Jéhovah et de sa faveur. La mesure d’exclusion prise par la congrégation est simplement la confirmation de ce qui a déjà eu lieu dans les cieux. Ces agents visibles de Dieu [les anciens] reconnaissent simplement ce que Jéhovah a déjà fait dans le ciel. […] Une personne exclue est retranchée de la congrégation, et celle-ci n’a rien à faire avec elle. Les membres de la congrégation ne lui tendront pas la main de l’amitié ni ne lui diront ‘ Salut ’ ou ‘ Au revoir ’.

" […] les membres de la congrégation […] ne converseront pas avec lui ni ne lui accorderont aucune considération. Si l’exclu cherche à parler aux autres dans la congrégation, ces derniers devraient s’éloigner de lui. De cette façon, il sentira toute la gravité de son péché. […] l’exclu qui veut faire ce qui est bien devrait informer de son exclusion toute personne qui l’aborde en toute ignorance et lui dire de ne pas s’entretenir avec lui. " — Ibid., pp. 669, 670. (C’est nous qui soulignons.)

Qu’en est-il des liens du sang ? La Tour de Garde du 1er août 1964 (éd. angl. du 15 juillet 1963) examine cette question en détail. Elle aborde le cas de ceux qui ne vivent pas sous le même toit ainsi que celui de ceux qui vivent ensemble. Il est dit dans l’article que si l’exclu ne vit pas sous le même toit, les contacts avec lui ne devraient avoir lieu qu’en cas de nécessité absolue. Voyons leurs instructions, données dans un article intitulé " Responsabilités de la famille dans la préservation de la pureté de l’adoration de Jéhovah " :

" Qu’en est-il si une personne, retranchée de la congrégation de Dieu, fait une visite inattendue à des parents voués ? Que fera le chrétien dans ce cas ? Si c’est la première fois qu’une telle visite a lieu, le chrétien voué peut, si sa conscience le lui permet, exercer l’hospitalité en cette circonstance particulière. Toutefois, si sa conscience s’y oppose, il n’est pas obligé de le faire. Néanmoins, si le chrétien fait preuve d’hospitalité, il fera clairement comprendre qu’il ne le fait qu’à titre exceptionnel. […] Il est nécessaire de faire comprendre au parent exclu que ses visites ne sont plus accueillies avec le même plaisir qu’au temps où il marchait fidèlement avec Jéhovah. " — La Tour de Garde du 1er août 1964, p. 472.

Puis l’article explique comment traiter le conjoint exclu qui vit sous le même toit :

" Si le mari excommunié insiste pour faire la prière à l’heure des repas, les membres voués de la maison ne diront pas ‘ Amen ’ à la fin de la prière ni ne joindront les mains comme certains ont coutume de le faire ; ce serait se rapprocher de lui du point de vue spirituel. Ils pourraient incliner la tête et offrir en silence leur prière à Jéhovah. " — Ibid., p. 474.

Mais attention ! Nouvelle compréhension venant de Jéhovah ? Il semble que dix ans plus tard Dieu changea son attitude et ses règles au sujet de ceux qui ont été exclus, et qu’il ait décidé de leur manifester de l’amour et de la miséricorde. Notez ce que disait La Tour de Garde du 15 novembre1974, sous le titre " Gardons un point de vue équilibré sur les exclus " :

" Les aînés ainsi que les autres membres d’une congrégation doivent donc se garder de développer une attitude du genre de celle que préconisaient les écrivains rabbiniques envers les Gentils en les considérant pratiquement comme des ennemis. Il est juste de haïr le mal commis par un exclu, mais il n’est pas bien de haïr la personne elle-même ni de la traiter de façon inhumaine.

" Le fait de ne pas ‘ fréquenter ’ quelqu’un ou de le traiter ‘ comme un homme des nations ’ ne nous empêchera donc pas de nous montrer aimables, polis, prévenants et humains. " — La Tour de Garde du 15 novembre 1974, pp. 690, 691.

Pourtant, même pendant cette période de libéralité, la règle était de ne pas fréquenter un exclu, ni de lui témoigner de l’affection :

" Mais comment des parents peuvent-ils obéir à l’ordre d’instruire leurs enfants en harmonie avec la Parole de Dieu si l’un de ceux-ci est exclu ? Ils peuvent toujours se servir de la Parole de Dieu ou de publications bibliques pour éduquer leur enfant, mais d’une manière qui vise à le corriger et non en passant de bons moments d’ordre spirituel avec l’exclu, comme c’est le cas avec leurs autres enfants. De quelle façon ? C’est aux parents d’en décider. Cela n’exige pas qu’ils se montrent durs, mais ils n’auront pas avec leur fille ou leur fils exclu les mêmes relations spirituelles qu’avec les autres enfants. " — Ibid., p. 694 ; c’est nous qui soulignons.

On ne peut qu’imaginer comment ce " traitement spécial " a affecté ces malheureux enfants.

Jacques a dit … " Ayez une attitude plus dure. "

À lire ces déclarations sur le fait d’être " aimables, polis, prévenants et humains ", on a l’impression que Dieu avait changé d’avis et ressentait de la pitié et de la compassion pour ces égarés. Ce n’était malheureusement pas le cas. Selon la Société Watch Tower, pour Jéhovah l’" ancienne compréhension " redevenait " nouvelle compréhension ". De nouveau, l’attitude dépourvue d’amour, froide et haineuse envers ceux qui avaient été exclus refit surface. La Tour de Garde du 1er avril 1983 accusait tous ceux qui avaient été exclus (quelle qu’en soit la raison) d’avoir " un cœur vraiment mauvais " ou d’être résolus à persévérer dans une voie mauvaise :

" […] si une personne a été exclue, c’est qu’à ce moment-là elle avait incontestablement un cœur vraiment mauvais et (ou) qu’elle était résolue à persévérer dans une voie qui déshonorait Dieu. Pierre écrivit que la situation d’une telle personne est pire que lorsqu’elle n’était pas encore chrétienne ; elle ressemble à ‘ une truie qui a été lavée et qui est retournée se vautrer dans le bourbier ’. " (p. 31)

Admettant, avec réticence, que les gens sont humains, La Tour de Garde continuait ainsi :

" Cependant, les sentiments humains, notamment l’affection que l’on porte à quelqu’un, peuvent être très puissants, si bien qu’un chrétien dont le conjoint ou un parent proche a été exclu aura du mal à se conduire envers lui en accord avec la mesure d’exclusion. " (Ibid.)

L’attaque continue avec l’exemple d’un couple dont l’un des membres est exclu. Si d’autres Témoins rendent visite à ce couple, ils doivent être prudents, car

" le conjoint exclu a démontré qu’il n’est pas le genre de personne que nous souhaitons fréquenter. […]. Peut-être pourrons-nous rendre visite à ce chrétien ou à cette chrétienne lorsque son conjoint exclu ne sera pas à la maison. " (Ibid.)

Tandis que les Témoins de Jéhovah voudraient nous faire croire que ceux qui sont exclus l’ont été à juste titre et en accord avec la Bible parce qu’ils avaient commis de graves péchés (1 Corinthiens 5:13 ; 2 Jean 9-11), la vérité est tout autre, car beaucoup de ceux qui ont été exclus n’étaient tout simplement pas d’accord avec l’un ou l’autre des enseignements de l’organisation. Voici ce qu’écrit Raymond Franz, un ancien membre du Collège central :

" Je connais beaucoup de gens qui ont clairement démontré que […] leurs préoccupations [étaient le souci de la vérité et celui de ne pas se trouver coupable de dénaturer la Parole de Dieu], et qui sont pourtant qualifiés d’‘ apostats ’, d’‘ antichrists ’, et d’‘ instruments de Satan ’. Dans un cas après l’autre, le seul fondement pour soutenir ce genre de condamnation est qu’ils ne pouvaient honnêtement pas être d’accord avec tous les enseignements et toutes les lignes de conduite de la Société. " — Crisis of Conscience, Atlanta ; Commentary Press, 1983, p. 32.

Voici comment Ray Franz parle de l’exclusion :

" Que peut ressentir une mère qui a vu un bébé, une petite fille, sortir de son corps, qui en a pris soin, qui s’en est occupée lorsqu’elle était malade, qui a instruit la petite fille pendant ses années de formation, qui a vécu ses problèmes avec elle, qui a ressenti ses déceptions et ses moments de tristesse comme s’ils étaient les siens, qui a versé des larmes avec elle —, oui, que peut ressentir cette mère lorsque sa fille, maintenant adulte, la rejette soudainement, alors qu’elle ne cherche qu’à être honnête envers sa conscience et envers Dieu ?

" Que peuvent ressentir un père ou une mère quand ils voient leur fils ou leur fille se marier et qu’on leur dit, invoquant la même raison, qu’‘ il vaudrait mieux qu’ils ne viennent pas au mariage ’, ou quand ils apprennent que leur fille a donné naissance à un enfant et qu’on leur dit qu’ils ne peuvent pas venir voir leur petit-fils ou leur petite-fille ?

" Ces cas ne sont pas issus de l’imagination. Ces choses arrivent à de nombreux parents qui ont été autrefois associés aux Témoins de Jéhovah. " — Ibid., p. 33.

Il est interdit pour un Témoin de parler à quiconque a quitté l’organisation, et il doit également fuir cette personne comme la peste. Ceux qui ont vu des Témoins manifester cette attitude peuvent ajouter qu’ils évitent même tout contact visuel avec les exclus, et qu’il vont parfois jusqu’à déménager pour ne plus les rencontrer, comme cela est parfois arrivé. Ils démontrent, par cette attitude, qu’ils se doivent de " punir " ceux qui les quittent, et que cette punition est presque toujours de nature psychologique.

On attribue toujours à ceux qui se retirent de mauvais mobiles ou une attitude méchante et pécheresse. Notez comment La Tour de Garde implique automatiquement qu’ils pratiquent le mal :

" Comme le laisse entendre Jean 6:66, il se peut aussi qu’un Témoin décide de lui-même d’abandonner la voie de la vérité. Peut-être fera-t-il connaître sa position une fois qu’un comité a commencé à s’occuper d’une faute qu’il a commise. […] il est inutile que les anciens poursuivent leur enquête. " — La Tour de Garde du 1er octobre 1984, p. 31 ; c’est nous qui soulignons.

L’article implique qu’il a ‘ commis une faute ’, soit parce qu’il veut partir, soit — plus probablement — parce qu’il est impliqué dans une forme ou une autre de péché.

Jacques a dit … " Fermez vos yeux. "

La Tour de Garde du 15 décembre 1984, dans un effort pour empêcher les Témoins d’en apprendre trop, plantait ce dard supplémentaire :

" Nous avons été avertis qu’il y aurait des apostats et des gens dont le seul désir serait de se faire chatouiller les oreilles. Les instructions renfermées en II Jean 9-11, en I Corinthiens 5:11-13 et en II Timothée 3:5 ne nous permettent pas de frayer avec ceux qui abandonnent le vrai culte. Il ne conviendrait pas non plus que nous achetions ou que nous lisions leurs écrits. " (p. 19)

Il était devenu évident que de plus en plus de personnes remettaient encore en question les enseignements de la Société Watch Tower, lisaient des ouvrages qui étalaient son passé ou discutaient avec des parents exclus. En conséquence, dans La Tour de Garde du 15 juillet 1985, le Collège central appliquait le commandement contenu en 2 Jean 10 (contre les antichrists) à ceux qui s’étaient retirés. Il n’est absolument pas fait mention du contexte de ce passage (le verset 7 dit qu’il s’agit de ceux qui nient le Christ comme venant dans la chair). Il n’empêche que la punition prévue pour les enseignants apostats est maintenant appliquée à tous ceux qui se retirent. L’article ne précise pas s’il faut éviter tout contact avec les membres de la famille qui vivent sous le même toit ou non. Citant leur propre livre Auxiliaire, ils disent :

" Ceux qui abandonnent ainsi volontairement la congrégation chrétienne font désormais partie de ‘ l’antichrist ’. (I Jean 2:18, 19.)

" L’individu qui s’était volontairement et formellement retiré de la congrégation correspondait tout à fait à cette description. " (p. 32)

Que dira " Jacques " la prochaine fois ?

Avec de nombreux procès en cours actuellement un peu partout aux États-Unis et au Canada, il est difficile de dire exactement ce qui va se passer dans les prochaines années. Il est très probable que la Société Watch Tower va continuer à avoir recours à une ligne de conduite inflexible et à interdire toute communication avec des amis ou des parents exclus. La raison en est simple : on demandera aux Témoins d’examiner l’histoire et les dissimulations de leur organisation, afin qu’ils reconsidèrent leur allégeance à celle-ci. Étant donné qu’un examen objectif de la Société Watch Tower provoque pratiquement toujours le départ du Témoin, le Collège central voudra à tout prix éviter cela. Pour eux, perdre leurs disciples signifie perdre leur pouvoir. Si ‘ Jacques le dit ’, maintenant, qui sautera ?