Article traduit du numéro de juillet/septembre 2001 du
Free Minds Journal

L’organisation des Témoins de Jéhovah mise sur “ pilote automatique ”

Par “ AlanF ”

      Il est évident que l’organisation des Témoins de Jéhovah (TJ) a maintenant été mise sur “ pilote automatique ”. Charles Russell, Joe “ Lèvelecou­de ” Rutherford, Nathan Knorr et Fred Franz savaient tous plus ou moins vers où ils voulaient diriger l’organisation. Ils régnaient en despotes et marquèrent tous l’organisation de leurs personnalités respectives. Mais maintenant que ces lumières se sont éteintes, les TJ se voient dirigés par un comité.

      Les choses se sont détériorées comme cela se passe habituellement après le décès des fondateurs et des premiers dirigeants de la plupart des organisations. Elles tombent entre les mains de bureaucrates dont l’unique préoccupation est de maintenir ces organisations à flot de manière à conserver leurs places. Le but des fondateurs est soutenu du bout des lèvres mais ne joue qu’un très petit rôle dans la réalité. Cela est vrai tant des organisations politiques qu’économiques et religieuses.

      Ceux qui dirigent l’organisation des TJ de nos jours ont toute leur vie été entraînés à obéir, ce qui leur était nécessaire pour survivre aux passages au crible effectués par Rutherford, Knorr et Franz. Ces derniers n’admettaient aucune dissidence et exigeaient une fidélité absolue envers leurs personnes. Ces dirigeants ordonnaient à leurs subalternes d’effectuer des tâches que ces derniers n’ap­prouvaient pas, voire même qu’ils savaient être mauvaises. Seuls ceux qui étaient capables d’étouf­fer en permanence leur conscience sans en être gênés purent y survivre.

      Rutherford, par exemple, est tombé dans l’al­coolisme après l’échec de sa prédiction selon laquelle “ la fin ” viendrait en 1925. Il était excessivement perturbé par cette déconfiture. Il prit une maîtresse dont il fit sa cuisinière afin qu’ils puissent voyager ensemble. En 1929 Rutherford était si incontrôlable que ses subalternes firent construire pour lui à San Diego la résidence appelée Beth Sarim. Il était ainsi absent pendant la moitié de l’année. Il y a même des preuves indiquant que Rutherford est mort, non pas du cancer du côlon qui l’aurait emporté de toute façon, mais des blessures consécutives à une chute dans les escaliers à Beth Sarim, alors qu’il était complètement saoul.

      Des hommes comme Knorr et Franz, qui étaient ses subordonnés immédiats, savaient certainement toutes ces choses, mais comme ils pensaient que ce bon vieux Joe était l’“ oint de Dieu ”, ils étaient très indulgents. Dit plus clairement, ils voyaient Rutherford constamment ivre, commettant l’adultère, faisant du mal à pratiquement tout le monde autour de lui et provoquant des dégâts partout où il passait. Mais, comme ils pensaient que c’était Dieu qui l’avait mis à la place qu’il occupait, ils ne voulaient rien faire pour retirer toute responsabilité à ce déchet. Ils croyaient apparemment que Rutherford était comme le roi infidèle Saül, et ils refusaient de toucher à “ l’oint de Jéhovah ”.

      Pensez un peu au genre de personnalité que peuvent engendrer deux décades passées sous les ordres d’un homme comme Rutherford. On peut alors voir la méchanceté et le mal tout autour de soi sans en être incommodé, et on finit par développer une fidélité aveugle et amorale. C’est le même état d’esprit qui a permis à Adolph Hitler ainsi qu’à bien d’autres despotes de continuer dans leur mauvaise voie sans être inquiétés.

      Lorsque Knorr et Franz prirent le pouvoir en 1942 après la mort de Rutherford, ils apportèrent beaucoup de changement dans l’organisation des TJ. Ils nettoyèrent pas mal de la crasse laissée par Rutherford. Toutefois, ils exigèrent la même fidélité aveugle que le vieux avait voulue. Les membres actuels du Collège central occupent la position qui est la leur parce qu’ils ont su montrer, depuis plusieurs décades, la même fidélité et la même absence de conscience. Il en va de même aujourd’hui pour les assistants du Collège central et pour pratiquement tous ceux qui ont une position de responsabilité dans l’organisation. Autrement dit, ils ne sont pas chefs parce qu’ils en ont les qualités, mais parce que ce sont de bons disciples obéissants qui savent étouffer leur conscience.

      Avec un tel schéma mental, ils ne savent pas quoi faire dans des situations inattendues, à part essayer d’appliquer de vieilles lignes de conduite et de vieilles idées et tenter de résoudre les problèmes nouveaux en faisant du rafistolage. Ils sont maintenant comme des outres usagées, et cet état d’esprit mène à la stagnation de l’organisation. C’est probablement à ce stade qu’en est maintenant l’organisation des TJ. Les vieilles idées sont abandonnées à mesure que des preuves solides prouvent qu’elles sont erronées, et les nouvelles con­duisent l’organisation sur la voie du christianisme traditionnel. Les articles de La Tour de Garde ne sont presque tous que des textes recyclés, et les décisions qui sont prises ne le sont que pour éviter les problèmes que ne manquent pas de provoquer les anciennes lignes politiques. L’organisation est tout simplement en train de faire des embardées sur un chemin qu’elle a commencé à emprunter quand Knorr et Franz ont perdu le pouvoir dans les années 1970.

      On trouve une bonne description de la manière dont les organisation tombent généralement dans le déclin dans l’article “ Imprisonned Ideas ” de W. P. Brown, que l’on peut le lire sur le site suivant : http://www.freeminds.org/fishin/ideas.htm. [Traduction française en annexe de cet article]

      Je pense qu’il donne une description presque parfaite de l’évolution passée et future de l’organi­sation des Témoins de Jéhovah. Elle en est probablement actuellement à ce que Brown décrit com­me le troisième stade, le stade dégénéré où l’orga­nisation est en pilote automatique parce que tous ceux qui voyaient clair ont été éliminés.

alanf00@home.com.

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[Annexe]

Idées emprisonnées

par W. P. Brown,
membre de la Chambre des Communes

Un membre du parlement britannique souligne le danger qu’il y a à devenir esclave
d’une institution ou d’une organisation.

      On peut classer les hommes et les femmes selon plusieurs systèmes : les classes dirigeante, moyenne ou ouvrière, les riches, les bourgeois et les pauvres, les croyants, les sceptiques et les athées, les conservateurs, les libéraux ou les socialistes, les catholiques et les protestants, les maîtres et les employés, et ainsi de suite, indéfiniment. Mais je crois que la seule classification qui importe vraiment et celle qui divise les hommes entre les serviteurs de l’esprit et les esclaves des organisations. Cette classification, qui empiète sur toutes les autres, est en réalité fondamentale. L’idée, l’inspiration, a son origine dans le monde intérieur, le monde de l’esprit. Mais, tout comme l’esprit humain doit s’incarner dans un corps, l’idée doit s’incarner dans une organisation. Que celle-ci soit politique, religieuse ou sociale n’a aucun espèce d’importance pour mon argumentation. Le point important est que, l’idée ayant pris corps dans une organisation, cette dernière se met petit à petit à assassiner l’idée qui lui a donné naissance.

      On peut voir ce processus à l’œuvre dans quantité de domaines. Illustrons cela par un ou deux exemples. Dans le domaine de la religion, un prophète, un inspiré, aura une vision de la vérité, vision qu’il exprimera du mieux qu’il pourra, par des mots. Il ne dira pas tout ce qu’il a vu, car chaque expression de la vérité en fixe même temps les limites. Mais il exprimera la signification de sa vision. Ce qu’il dira ne sera que partiellement compris par ceux qui l’écouteront, et lorsque ces derniers répéteront ce qu’ils penseront avoir compris de l’idée du prophète, il y aura déjà une grande différence avec sa vision originale. C’est sur ce que les disciples comprendront du message du pro­phète qu’une organisation, une église, sera bâtie. Le message à moitié compris deviendra un credo, et avant longtemps le principal souci de l’église sera de subsister en tant qu’organisation. Pour ce faire, toute déviation par rapport au credo donnera lieu à polémique et, si nécessaire, sera supprimée comme hérétique. En quelques dizaines ou en quelques centaines d’années ce qui avait été conçu pour véhiculer une nouvelle et brillante vérité sera devenu une prison pour les âmes. C’est ainsi que les hommes se tuent les uns les autres par amour pour Dieu et que l’on obtient l’opposé de ce qui était initialement prévu.

      Dans le domaine de la politique, le rêve de l’ordre social, fondé sur la justice, est un système dans lequel l’homme n’exploitera pas son prochain, dans lequel chacun apportera sa contribution selon ses capacités et dans lequel chacun recevra selon ses besoins. C’est sur cette conception que l’on pourra bâtir un parti politique, lequel livrera bataille au fil des ans à l’ordre de choses existant. Tout comme dans le cas de l’église, il ne se passera pas longtemps avant que la principale préoccupation du parti ne soit sa propre survie. Là encore, toute déviation par rapport au credo politique sera réprimée. La “ ligne du parti ” devra être maintenue et les dissidents éliminés. Au fil du temps, le parti arrivera au pouvoir. Mais, à ce moment-là, il ne sera plus dirigé par des idéalistes rêveurs, mais par des gens inflexibles qui se mettront alors à utiliser leur autorité nouvellement acquise pour établir un despotisme plus dur encore que celui de ceux qui auront été chassés du pouvoir et à tomber dans exactement les mêmes travers que ceux qu’ils dénonçaient chez leurs anciens adversaires. Il n’en résultera ni liberté ni justice sociale, mais un contrôle totalitaire plus étroit dont le but sera de maintenir au pouvoir une nouvelle classe privilégiée, laquelle sera, du fait de l’expérience de ses membres, plus impitoyable que l’ancienne.

      On peut trouver des exemples de ce genre dans tous les domaines de la vie. Ces deux-là suffiront, cependant, pour démontrer ce qui est l’objet de ma préoccupation, à savoir que, une fois que l’idée a donné naissance à l’organisation, cette dernière n’a plus d’intérêt que pour elle-même, intérêt qui n’a plus aucun rapport avec l’idée qui lui a donné naissance, et lui devient même hostile. Qu’est-ce qui permet à ce processus de se mettre en place ? Qu’est-ce qui permet à l’organisation de s’opposer à l’idée qui est à l’origine de son existence et qui l’a inspirée ? Il s’agit tout simplement de la tendance qu’ont les hommes et les femmes à devenir prisonniers de l’organisation au lieu d’être serviteurs de son esprit. De nombreux éléments composent cette tendance. Il y a, par exemple, le sentiment que l’on ne peut diriger une organisation sans en devenir prisonnier. L’organisation a ses propres nécessités dans le cadre desquelles l’idée originale devait être plutôt conforme. Dès que l’idée n’est plus simple spéculation et prend corps dans les faits, elle commence à être dénaturée petit à petit par toute sorte d’influences rampantes et insidieuses. À ce moment-là, les dirigeants n’ont nul besoin d’être conscients de leur infidélité à l’idée originelle. Mieux, ils peuvent présenter des arguments pour dire que cette grande idée ne peut être manifestée qu’en partie et qu’elle ne devrait rester qu’une simple idée. En somme, mieux vaut n’avoir que la moitié de la miche idéale que pas de pain du tout.

      Ensuite, plus la zone dans laquelle l’idée est introduite est grande, plus large est le cercle d’hommes et de femmes auprès desquels l’organi­sation la propage, plus elle doit être “ schémati­sée ” à des fins de propagande. L’idée qui donne naissance à un parti qui veut établir une communauté coopérative doit être traduite en propositions pratiques comme la journée de huit heures ou la semaine de cinq jours afin d’obtenir le soutien des masses. Ainsi, l’organisation devient moins le véhicule d’une idée qu’un canal servant à servir des intérêts particuliers. Le fait de servir de tels intérêts particuliers attire d’autres groupes organisés qui sont plus intéressés par les objectifs limités nouvellement adoptés par l’organisation que par la grande idée de départ. La pression exercée par de tels groupes sera ressentie par l’organisation, et le résultat sera que l’idée d’origine sera reléguée à l’arrière-plan au profit d’objectifs moins ambitieux. Le Diable circule dans ce monde, et il est parfois nécessaire de lui tendre une bougie.

      Voici un autre élément à considérer : il y a tou­jours une bonne probabilité que les prophètes se fassent supprimer. Cette probabilité s’accroît s’ils quittent l’anonymat pour se faire connaître publiquement comme prophètes, et augmente d’avanta­ge encore s’ils arrivent sur la place publique en étant désarmés. Les prophètes ne devraient arriver sans armes que s’ils pensent que leur œuvre est accomplie et sont donc préparés à s’en aller. Certains prophètes prennent les armes, et même si le prophète originel ne le fait pas, ses disciples peuvent le faire. Il faut combattre le Diable avec ses propres armes. Voilà un argument qui peut paraî­tre logique, mais qui est désastreux en pratique, car il signifie que les serviteurs de Dieu, les disciples de l’idée, ont tendance à descendre se mettre au niveau du Diable. À mesure que l’organisation s’accroît, elle dégénère et ses dirigeants ne sont plus ce qu’ils étaient à l’origine.

      De nombreux éléments se combinent pour maintenir les membres de base dans l’organisation, même lorsqu’ils prennent conscience, parfois à leur insu, qu’un gouffre commence à se former, voire même à béer, entre l’organisation et l’idée d’origine. Il y a premièrement la force de l’iner­tie : il est plus facile de rester que de partir, et se laisser entraîner est plus facile que de prendre une décision. Il y a ensuite le facteur affectif. Nous avons tous tendance à projeter sur l’organisation dont nous sommes membres les vertus que nous voudrions posséder et à être aveugles quant à ses défauts. Et, finalement, les hommes sont des créa­tures grégaires et détestent quitter des amis de longue date. L’organisation change petit à petit, et à mesure que s’effectuent ces changements elle attire à elle de nouveaux éléments qui approuvent ces changements. Cela ne se fait pas par des calculs conscients, lesquels viennent plus tard, au moment où l’idée de départ a été abandonnée, mais parce que l’organisation développe sa propre logique, sa propre raison d’être [en français dans le texte — N.d.T.], et parce que les hommes ont tendance à devenir les prisonniers de l’organisation, celle-ci peut finir par soutenir des idées opposées à celle qui est à l’origine de son existence.

      Quelle morale doit-on tirer de tout ceci ?

      D’abord, et ce ne serait pas totalement ironique que de le suggérer, il faudrait que la première règle d’une organisation soit d’envisager sa propre dissolution après une période d’existence limitée, en prévoyant par exemple : “ Cette organisation devra être dissoute avant le… ” Mais notre principale préoccupation est notre attitude envers l’orga­nisation en tant que telle. La morale est que, en tant que membres d’une organisation, nous devrions en être partiellement détachés. Nous devrions nous placer au-dessus d’elle, même en en étant membres. Nous devrions nous y joindre tout en sachant qu’il ne devrait en aucun cas y avoir de place pour une totale allégeance. Nous devrions n’être que des locataires temporaires, et non pas des occupants à long terme. Nous ne devrions pas accepter le moindre engagement qui nous empêcherait de quitter l’organisation lorsque les circonstances rendraient cette démarche nécessaire. Il nous faudrait accepter d’être pratiquement en perpétuelle rébellion tout en étant à l’intérieur. Et, par dessus tout, nous devrions considérer toute loyauté envers l’organisation comme provisoire. Le con­cept qui nous fait dire : “ c’est mon parti, qu’il ait tort ou raison ”, ou “ c’est ma société, qu’elle ait tort ou raison ”, ou encore “ c’est ma religion, qu’elle ait tort ou raison ”, devrait être totalement étranger à notre schéma mental. Nous devons être des serviteurs de l’esprit, et non pas des prisonniers de l’organisation. Il faut rester en contact avec la source de la vie et ne pas nous perdre dans ses véhicules temporaires. Et quelles que soient les demandes de l’esprit, les impératifs catégoriques de l’âme et les conflits avec les demandes de l’organisation, tout se résume par une des paroles attribuées à Jésus mais qui porte les marques de l’authenticité :

      “ Le monde est un pont. Vous devez le traverser, mais pas y bâtir vos maisons. ”

      Un bivouac : Oui ! Une tente : Peut-être ! Des maisons : Non !