Article traduit du numéro de septembre/octobre 1986 du Bethel Ministries Newsletter

Jésus Christ: qui est-il?

Réponses aux objections des Témoins
de Jéhovah au sujet de la divinité de Christ

par Randall Watters

Les TJ : " Jésus est ‘ un dieu ’, d’une nature différente de celle du vrai Dieu "

De temps en temps, les Témoins de Jéhovah et les Mormons citeront 1 Corinthiens 8:5, où il est dit : " et de fait il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs ", espérant prouver ainsi qu’il y a plus d’un seul vrai dieu (les Témoins de Jéhovah disent que Jésus est un dieu). Mais on remarque au verset quatre de ce chapitre que Paul aborde le sujet des idoles. L’apôtre commence par montrer que les idoles n’ont pas de réelle existence en tant que divinités, " et qu’il n’y a qu’un seul Dieu " (v. 4). Il continue :

" Car, quoiqu’il y ait ce qu’on appelle des dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, — et de fait il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs, — néanmoins pour nous, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses, et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. " (v. 5, 6)

Pour prouver que même des humains peuvent être appelés ‘ dieux ’ et qu’il est donc normal de dire que Jésus est un dieu, les Témoins de Jéhovah citent également Jean 10:34. Voici ce que disent les versets 33 à 38 :

" Les Juifs lui répondirent : Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu.

" Jésus leur répondit : N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée — et l’Écriture ne peut être abolie — à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous dites : Tu blasphèmes ! parce que j’ai dit : Je suis le Fils de Dieu ! Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ! Mais si je les fais, quand même vous ne me croiriez pas, croyez à ces œuvres, afin de savoir et de reconnaître que le Père est en moi, et moi dans le Père. "

Jésus cite le Psaume 82:1-6, où Jéhovah appelle les juges des ‘ dieux ’. Que voulait-il dire ?

C’est là l’une des deux ou trois occasions dans toute la Bible où des serviteurs de Jéhovah sont appelés " dieux " par Dieu lui-même. Les deux autres passages sont Exode 4:16 et 7:1. Ceci représente un tiers des cas limités où le terme dieu est appliqué à des personnes humaines. La Bible nous propose donc trois définitions possibles du mot " dieu ". Il y a d’abord le vrai Dieu, Jéhovah, qui seul possède la nature même de l’Être Suprême. Celui-ci doit être omnipotent, omniprésent, omniscient, et doit exister de toute éternité et à jamais. Dans le cas contraire, le titre de Dieu ne lui conviendrait pas. En Ésaïe 43:10, Jéhovah dit qu’avant lui il n’a pas été formé de Dieu, et qu’après lui il n’y en aura pas. Il veut évidemment dire par là que personne possédant la véritable nature de Dieu n’existera jamais auprès de lui.

Il y a, en second lieu, les faux dieux, ceux qui se présentent eux-mêmes comme des dieux et les créations humaines qui sont qualifiées de dieux. Jéhovah dit qu’en réalité ce ne sont pas du tout des dieux. — 1 Cor. 8:6.

Troisièmement, il y a les trois passages (quatre en comptant Jean 10:34, qui cite le troisième d’entre eux) où Moïse et les juges sont appelés dieux. Cependant, ni Moïse ni les juges de l’ancien Israël ne possédaient la nature de l’Être Suprême. Ils n’avaient pas l’essence ou nature de Dieu. Il ne fallait certainement pas les adorer et ils ne partageaient pas la gloire de Jéhovah. Il est dit en Ésaïe 42:8 : " Je suis Jéhovah, c’est là mon nom, et je ne donnerai ma gloire à nul autre, ni mon honneur aux idoles. " (Crampon 1905).

Il y a, par conséquent, trois définitions du mot " dieu ". Si l’on considère Jésus Christ, demandons-nous, à la lumière de Jean 1:1 (" la Parole était Dieu ") : À quelle catégorie de Dieu appartient-il ? D’abord, il n’est pas un faux dieu, sinon le père ne l’approuverait pas. Restent les deux autres catégories. Pour que tout soit clair, considérons les faits suivants :

Nous pourrions continuer, mais il a été démontré que Jésus partage le titre, la majesté et le culte rendu au Dieu Tout-Puissant. C’est donc la première définition du mot " Dieu " qui s’applique à lui.

Les monothéistes croient à l’existence d’un seul Dieu. Si quelqu’un croit à l’existence de plus d’un seul vrai Dieu, cette personne est polythéiste. Aucune créature, pas même Satan, n’est un vrai dieu par nature. Il n’y a qu’un seul vrai Dieu, lequel existe de toute éternité et qui est omnipotent, omniprésent, éternel, méritant l’adoration de toute la création. Tous les autres sont des faux dieux, " car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre " (Ésaïe 45:22). Il ne tolère pas d’autres " dieux ".

Arius, un évêque du IVe siècle, fut le champion de la doctrine selon laquelle Christ est une créature ayant reçu l’honneur de s’asseoir à la droite du Père dans les cieux. Arius croyait que Christ était Dieu, mais dans un sens moins élevé, à savoir qu’il était un dieu. Arius admettait pourtant qu’il fallait adorer Christ, bien que celui-ci fût dans son esprit un dieu secondaire, une créature. Pour avoir défendu cette croyance, Arius fut accusé de polythéisme et sa doctrine fut rejetée par l’église chrétienne.

Comment Jésus pouvait-il être à la fois Dieu et homme ? Comment pouvait-il être Dieu s’il priait le Père, s’il disait ignorer certaines choses connues uniquement du Père, appelant même le Père ‘ son Dieu ’ ?

Ces difficultés sont résolues si l’on comprend que Christ s’est dépouillé lui-même de sa gloire pour devenir un être humain (Phil. 2:7-9). Imaginons un président de société qui veut que son fils connaisse cette société suffisamment pour la diriger et lui demande de devenir, provisoirement, l’homme à tout faire de celle-ci afin de mieux la connaître. Tant qu’il en est l’homme à tout faire, il met de côté son futur titre de propriétaire de la société, et les employés peuvent même ne pas savoir qui il est (cela vaut mieux). Il est pleinement un homme à tout faire, tout en étant pleinement le copropriétaire de la société. Mais il met sa véritable autorité en veilleuse pendant un temps afin d’accomplir une tâche spéciale. Pendant sa période d’humiliation, il sera entièrement soumis aux autres employés et pourra même être tourné en ridicule ou se faire charrier. Cependant, de par la nature même du droit qu’il possède de naissance, il peut anéantir l’avenir de n’importe qui dans la société, s’il le désire. Mais les employés trouveront cela difficile à croire, car ils ne le connaissent qu’en tant qu’homme à tout faire.

Voilà une illustration un peu sommaire de l’incarnation de Christ. Bien que possédant la divinité et portant la véritable nature et l’image de son Père, il laissa de côté sa position, sa puissance, etc., pour devenir pleinement homme et accomplir son œuvre de salut. Il continuait pourtant à être divin par nature ; il n’était humain que par la chair, et volontairement limité.

Les TJ : Étienne ne priait pas vraiment Jésus en Actes 7:59.

Il est intéressant de constater que la Société Watchtower a évité d’évoquer la prière qu’Étienne adressa à Jésus, allant même jusqu’à la retraduire pour qu’elle soit conforme à leur doctrine. Voici comment se lisent les versets 59 et 60 d’Actes chapitre 7 dans la Traduction du monde nouveau :

" Et ils continuèrent à lancer des pierres à Étienne, tandis qu’il appelait et disait : ‘ Seigneur Jésus, reçois mon esprit. ’ Puis, pliant les genoux, il cria d’une voix forte : ‘ Jéhovah, ne leur compte pas ce péché. ’ Et après avoir dit cela, il s’endormit [dans la mort]. "

Avant d’examiner leur explication de ce passage, remarquons d’abord que la Traduction du monde nouveau ajoute le nom Jéhovah là où le texte grec de Westcott et Hort (ainsi que tous les autres manuscrits) a le terme grec kurios (Seigneur). Dans tout ce verset Étienne parle à Jésus. Il ne fait donc aucun doute que le contexte requiert que l’on ait Seigneur au verset 60, par référence à Jésus. Gardant présente à l’esprit cette erreur flagrante de la Société Watchtower, examinons leur explication de ce passage, extraite d’un article paru en 1959 :

" La prière qu’Étienne adressa à Jésus, selon Actes 7:59, montre-t-elle qu’il comprenait que Jésus était Jéhovah ? — W.R., U.S.A.

" La prière offerte par Étienne pendant son martyr est rapportée en Actes 7:59, 60, et dit : ‘ Et tandis qu’ils lui jetaient des pierres, Étienne faisait une invocation et disait : " Seigneur Jésus, reçois mon esprit. " Puis fléchissant les genoux, il cria d’une voix forte : " Jéhovah, ne leur impute pas ce péché. " Et après avoir dit cela, il s’endormit dans la mort. ’ Plutôt que d’indiquer qu’Étienne comprenait que Jésus et Jéhovah étaient la même personne, sa prière montre qu’il savait que ce n’était pas le cas, car il les différentie l’un de l’autre. Il n’adresse pas sa requête à Jésus simplement au Seigneur, mais au Seigneur Jésus, évitant ainsi toute ambiguïté. " (La Tour de Garde, édition anglaise, 1er février 1959, p. 96)

Remarquez la méthode d’interprétation de la Société Watchtower. Elle commence par modifier l’identité de celui à qui Étienne s’adresse en mettant " Jéhovah " à la place de " Seigneur " au verset 60, sans aucune justification. Ensuite elle commente le " fait " qu’il est question de deux différentes personnes aux versets 59 et 60, employant son propre raisonnement tortueux pour " prouver " que cette supplication n’était pas adressée à Jésus seul ! On peut cependant noter qu’elle a fini par admettre que la prière du verset 59 était adressée à Jésus. Tant la Traduction du monde nouveau — avec notes et références (1995) que l’édition révisée de la Kingdom Interlinear Translation (1985) mentionnent dans une note sur Actes 7:59 qu’Étienne priait Jésus ! Et pourtant, les Témoins de Jéhovah ne prient pas Jésus.

Les TJ : le Père est plus grand que Christ, car ce dernier lui est soumis.

La soumission n’appartient pas au même domaine théologique que la nature. Des personnes égales en nature peuvent être soumises à une disposition prévoyant une autorité, comme dans le cas d’un mari et de sa femme. De plus, la plupart des cas où Christ est décrit comme dépendant du Père doivent être compris comme des conséquences de sa kénôsis volontaire, c’est-à-dire du fait qu’il s’est vidé ou dépouillé pour devenir un homme. Il devint un exemple pour nous, et montra sans cesse la bonne attitude à avoir vis-à-vis du père, y compris la façon de prier, etc. Des prières lui furent adressées plus tard à lui aussi. — Actes 2:21 (pas dans la Traduction du monde nouveau) et 7:59.

Il y a un passage, cependant, où est évoquée la " soumission " continuelle de Christ, au moins dans son rôle de médiateur vis-à-vis des hommes. 1 Corinthiens 15:20-28 parle d’une époque, dans un avenir lointain, après la résurrection et l’accomplissement total de l’œuvre médiatrice de Christ, quand ce dernier " remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir aboli toute principauté, tout pouvoir et toute puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds ". Il semble que certains aspects de l’œuvre de Christ auront été pleinement accomplis et, tandis que sa royauté n’aura pas de fin (car il est dit partout ailleurs qu’elle est éternelle), certains de ses objectifs auront été atteints. Le verset 27 montre que le Père a soumis toutes choses à Christ, mais qu’il ne s’est évidemment pas soumis au Fils. Cela reviendrait à inverser l’ordre présenté dans les autres textes. Voici ce que dit F. W. Grosheide à propos de ce texte dans The New International Commentary of the New Testament :

" Nous pourrions dire les choses ainsi : le Médiateur remettra sa fonction aux pieds du Père lorsqu’il aura terminé son œuvre en tant que telle. Cette interprétation n’entre pas en conflit avec l’enseignement sur la royauté éternelle de Christ (2 Pier. 1:11). Dans ce contexte, Paul écrit au sujet de cette forme de domination particulière de Christ qui prendra fin, puisqu’elle sert à protéger Son peuple sur la terre et à conquérir les impies. Cette domination se terminera à la fin absolue de l’histoire.

" Le but de la soumission de Christ est que Dieu soit tout en tous. Il n’y aura plus d’opposition. C’est alors seulement que la gloire de Dieu sera pleinement accomplie, quand toute résistance aura été réduite à rien par la médiation de Christ. Alors Dieu sera Celui devant qui TOUS s’agenouilleront. Dieu sera en tous, c.-à-d. avec tous, en ce sens qu’Il les dirigera et les possédera. " (pp. 369, 370)

Les TJ : Christ a eu un commencement, et ne peut donc pas être égal à Dieu.

Dans le livre Comment raisonner à partir des Écritures (pp. 415, 416), la Société Watchtower tente de prouver l’infériorité de Christ en utilisant Colossiens 1:15 et Apocalypse 3:14. Considérons ces versets, ainsi que Proverbes 8:22.

Colossiens 1:15 :

Christ est appelé le premier-né (grec : prôtotokos) de toute la création. Le mot prôtotokos avait deux sens, selon le contexte du passage. Tandis que la Septante (l’Ancien Testament grec) emploie souvent prôtotokos dans le sens de " aîné des enfants ", le Nouveau Testament ne l’emploie dans ce sens que deux fois : une fois en rapport avec la naissance de Jésus et une fois par référence à l’Ancien Testament. Les six autres fois où ce mot est employé dénotent une idée de prééminence sur quelque chose, n’ayant rien à voir avec l’idée de " naissance " ou de création. Cinq fois sur les six il est question de Christ en tant que : premier-né de toute la création (Col. 1:15 ; Héb. 1:6), premier-né d’entre les morts et le souverain des rois de la terre (Col. 1:18 ; Apoc. 1:5), et enfin premier-né parmi d’un grand nombre de frères (Rom. 8:29). La sixième fois, les membres de l’église sont appelés les premiers-nés inscrits dans les cieux (Héb. 12:23).

Dans une tentative pour prédisposer les esprits des Témoins de Jéhovah, la Société Watchtower dit : " D’après les tenants de la Trinité, ‘ Premier-né ’ signifierait ici le premier, le plus excellent, le plus éminent. " Elle ne dit pas que c’est ce que disent tous les hellénistes réputés ! Elle utilise ensuite un raisonnement fautif en demandant pourquoi le Père et le Saint Esprit, s’ils font partie d’une Trinité, ne sont pas, eux aussi, appelés " premier-né de toute la création " ? Ce qu’elle ignore, c’est que chaque Personne de la Trinité a un rôle différent dans la rédemption de l’homme. Elle continue en essayant de prouver que, puisque d’après l’usage courant du mot dans l’Ancien Testament il désignait l’" aîné des fils ", les tenants de la Trinité sont illogiques en lui appliquant une autre définition. Elle ignore ainsi, ce qui l’arrange bien, l’emploi de " premier-né " dans le Psaume 89:28 (89:27 dans la Traduction du monde nouveau). De plus, elle ne peut pas appliquer son idée d’" aîné des fils " à Col.1:18 ; Apoc. 1:5 ; Rom. 8:29 et Héb. 12:23. Finalement, la Société Watch Tower tente de justifier l’insertion du mot " autres " en Col. 1:15-17 (pour faire passer l’idée selon laquelle Christ lui-même fut créé) en montrant comment certains traducteurs ont ajouté le mot " autres " dans des passages comme Luc 13:2. Ce qu’elle ne dit pas, c’est que ces mots n’ont été ajoutés que pour clarifier un texte qui, autrement, n’aurait pas de sens. Il ne s’agit donc pas d’une tentative pour modifier le sens théologique du passage, comme l’a fait ici la Société Watch Tower. Elle essaie de présenter Christ comme le " premier a avoir été créé " plutôt que comme la Cause première de la création, tordant ainsi totalement le sens du texte grec.

Voici ce que dit The New International Dictionary of New Testament Theology au sujet de Colossiens 1:15 :

" (a) Comme titre donné à celui par l’intermédiaire de qui tout a été créé, il est employé en Col. 1:15, comme le démontrent les paroles parallèles du v. 16 : ‘ en lui toutes choses furent créées […] toutes choses furent créées par lui et pour lui ’, et du v. 17 : ‘ Il est avant toutes choses, et en lui toutes choses subsistent ’. Tant ceux qui soutiennent l’idée selon laquelle prôtotokos en Col. 1 reflète des concepts mythiques gr[ecs] que ceux qui s’y opposent se rejoignent pour dire que cette déclaration est une confession du rang suprême tenu par Christ dans son existence préhumaine en tant que celui par l’intermédiaire de qui toutes choses ont été créées (cf. E. Kasemann, op. cit., 154ss ; W. Michaelis, TDNT VI 879). (p. 668)

Apocalypse 3:14 :

Le livre Comment raisonner à partir des Écritures, publié par la Société Watchtower, déclare à la p. 416 :

" Mais le Dictionnaire grec-français de Bailly donne ‘ commencement ’ comme sens premier de arkhê (Paris, 1950, p. 281). On en conclut fort logiquement que celui dont il est question en Révélation 3:14 est une créature, la première des créatures de Dieu, et qu’il a eu un commencement. "

Cela revient à dire qui puisque la première définition du mot " plaie " dans le dictionnaire est " rupture de la continuité de la peau ", cette définition s’applique logiquement à chaque fois que l’on rencontre ce mot. Ceci est absurde. Le contexte d’Apocalypse 3:14 est identique à celui de Col. 1:15-18, où Christ est fait Seigneur et Chef de toute la création.

Proverbes 8:22 :

La " sagesse " est personnifiée dans ce passage, et il est dit qu’elle fut " produite " ou " créée ". Il est parlé d’elle au féminin et on lit qu’elle a été auprès de Dieu avant le commencement des temps. Des Ariens comme les Témoins de Jéhovah utilisent ce passage pour dire que Christ est la sagesse, et qu’il a donc été créé. Cependant, les biblistes voient les choses autrement. Remarquons l’incohérence de cet enseignement de la Société Watchtower :

(1) Ce texte n’identifie pas la sagesse à Jésus Christ. On peut faire le rapprochement, comme l’ont fait Ignace et d’autres pères de l’église. Certains, comme Irénée, croyaient cependant que la sagesse était le Saint Esprit personnifié. De toute manière, le passage est plutôt vague et n’autorise pas une comparaison précise avec Christ. (2) On ne peut l’employer pour prouver que Christ a été " créé ", car nul ne pourra jamais dire cela de la sagesse. Il n’y a jamais eu d’époque où Dieu était sans sagesse ! Si Christ est la sagesse de Prov. 8:22, alors il est éternel, ayant été " produit " en ce sens qu’il émane de Dieu, et non parce qu’il a été créé par lui. En employant cet argument, les Témoins de Jéhovah disent sans s’en rendre compte que Dieu a créé la sagesse, alors qu’il la possède de toute éternité !

Les TJ : Jésus est appelé le " Fils unique ", ce qui signifie qu’il a été engendré, ou créé.

Le terme grec monogénês signifie très littéralement " seul " ou " d’un genre unique ", tout particulièrement dans les passages du Nouveau Testament qui l’utilisent en tant que titre pour le Christ. Il n’a qu’un lien très lointain avec le mot génnaô, qui signifie " engendrer ". Selon l’hélléniste B. F. Westcott, la signification de monogénês " est centrée sur l’existence personnelle du Fils, et non sur la génération du Fils " (The Epistles of St. John, p. 170). Dans le cas de Jésus, la qualité de Fils est unique en ce sens qu’il a avec le Père une relation qui est impossible pour les autres, car il est Divin et était avec le Père avant le commencement des temps. — Jean 1:1, 2.

Les TJ : Jésus est l’archange Michel, qui devint Jésus sur la terre et est maintenant de nouveau Michel dans les cieux.

Voici une étude intéressant en elle-même. La Société Watchtower enseigne que (1) puisque Michel le grand Prince de Daniel chapitre 12 délivre son peuple, que (2) Michel est celui qui combat le dragon qui est chassé des cieux (Apoc. 12:7), et que (3) Jésus est décrit en 1 Thes. 4:16 comme ayant " la voix d’un archange ", alors Jésus doit forcément être la même personne que Michel. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour réfuter cette idée.

Premièrement, la Bible ne dit nulle part que Jésus est Michel. Pendant des années, la Société Watchtower a enseigné que Michel n’était pas le Fils de Dieu, puisque les anges devaient adorer ce dernier (La Tour de Garde [édition anglaise], novembre 1879, p. 4 ; réimpressions, p. 48). À une certaine époque, elle identifiait même Michel au pape de Rome ! — Le mystère accompli, édition anglaise de 1926, p. 188.

Deuxièmement, on devrait s’attendre à ce que Dieu ait des archanges pour prendre soin de son peuple, le préfixe " arch " signifiant simplement " chef ". Il est aussi normal de penser que les anges doivent combattre les forces des ténèbres (comparer avec Daniel 9:21 ; 10:13, 21). Daniel 10:13 dit que Michel est " l’un des principaux chefs ", ce qui veut dire qu’il y a d’autres archanges. Gabriel est sans doute l’un d’eux, et la tradition juive enseigne qu’il y en a plusieurs.

Troisièmement, le fait que Jésus parle avec" la voix d’un archange " ne signifie pas nécessairement qu’il en soit un. En France, le Président de la République est le chef suprême des armées, sans toutefois faire partie des forces armées. On pourrait dire de lui qu’il a la voix d’un Général, bien qu’il n’en soit pas un. Voici ce que dit Leon Morris des mots " voix " et " archange " :

" Aucun de ces noms n’a l’article (le texte grec dit ‘ une voix d’un archange ’), ce qui rend peu probable le fait que Paul ait voulu parler d’un archange en particulier. " — " La Première et la Seconde Épîtres aux Thessaloniciens ", dans The New International Commentary of the New Testament, pp. 143, 144.

Plus intéressant encore est l’enseignement de la Société Watchtower sur le transfert de la " force vitale " de Michel dans le ventre de Marie afin qu’il devienne Jésus. Elle enseigne que seule la " force vitale ", dont elle dit qu’elle est totalement impersonnelle (Réveillez-vous !, édition anglaise du 8 juillet 1949, p. 26), fut transférée dans l’utérus de Marie. Étant donné qu’elle définit l’" existence " ou le fait d’être une personne comme " la vie et le corps ensemble " (La Tour de Garde, édition anglaise d’avril 1881, p. 1 ; réimpressions, p. 205), et que la vie sans corps ni force vitale ne forme pas une personne, pas plus que le corps sans vie, la conclusion logique serait que Michel a vraiment cessé d’exister dans les cieux tandis que sa " force vitale " impersonnelle s’est implantée dans le ventre de Marie ! Il n’y aurait eu, dans ce cas, aucun transfert de personnalité. Alors, selon le propre raisonnement des Témoins, Jésus n’aurait pas réellement pu être Michel, mais plutôt une sorte de clone. De plus, comme la même chose est arrivée lors de la mort de Jésus, mais selon un processus inverse, Jésus cessant d’exister et sa force vitale étant transférée dans les cieux, celui qu’ils appellent Michel ne peut pas avoir été Jésus !

Les TJ : Comment Jésus peut-il être Dieu, puisque Marc 13:32 dit qu’il ne connaissait pas le jour et l’heure de son retour tandis que le Père les connaissait, et que Jésus dit en Jean 14:28 : " Le Père est plus grand que moi " ?

Au vu d’autres déclarations faites par les apôtres ou Jésus lui-même au sujet de son omniscience et de sa divinité, même quand il était sur terre, on peut comprendre Marc 13:32 de deux manières. Il s’agit soit d’une non utilisation volontaire de ses attributs pendant son incarnation, soit de son dépouillement temporaire de la divinité. On peut laisser de côté la deuxième solution, car elle impliquerait un changement de nature, ce qui est impossible à Dieu, car il cesserait alors d’être Dieu. Il faut donc comprendre Marc 13:32 comme une non utilisation de son omniscience pendant son incarnation. Dans d’autres circonstances, cependant, Jésus exerça son omniscience, comme le montrent les textes de Jean 1:49 ; 2:24, 25 ; 4:29 ; 6:66 ; 16:30 ; 21:17 ; etc. Il pouvait donc choisir de connaître certaines choses tout en en laissant d’autres sous la juridiction du père.

Jean 14:28 parle plutôt de la condition de Jésus, et non pas de sa nature. De plus, il existe un ordre dans la Trinité, comme l’indique Albert Barnes :

" Dans le plan du salut, le Père est représenté comme donnant le Fils, le Saint Esprit ainsi que les différentes bénédictions de l’évangile. Ce discours n’a manifestement pas trait à la nature de Christ, et ne peut donc pas être employé pour prouver qu’il n’est pas divin. Le contexte tout entier exige que nous l’interprétions seulement comme étant relatif aux bénédictions liées à la rédemption, le Fils étant sans cesse représenté comme ayant été envoyé ou donné, et étant à cet égard dans une relation subordonnée au Père. " — Barnes’ Notes on the New Testament, Jean 14:28.

Les Témoins de Jéhovah utilisent ce texte pour établir que Jésus est un dieu inférieur, non seulement subordonné, mais également créé. Il ne peut en être ainsi, car Jéhovah dit qu’aucun dieu inférieur n’exista avant lui, et qu’il n’y en aura pas après lui (Ésaïe 43:10). Or Jean dit que Jésus possède la nature même de Dieu. — Jean 1:1, 18.

Jéhovah dit qu’il ne partagera pas sa gloire avec un autre dieu (Ésaïe 42:8), et qu’il n’y a pas d’autre Sauveur ou Rocher à part lui. Pourtant, Jésus a part à la gloire de Dieu (Jean 5:23 ; Apoc. 5:12-14), et il est le Sauveur et Rocher. — Tite 3:6 ; 1 Cor. 10:4.

Jéhovah déclare qu’il est le Premier et le Dernier, et qu’il n’y a pas de Dieu avec lui (Ésaïe 44:6-8). Mais Jésus lui-même déclare être le Premier et le Dernier (Apoc. 1:17 ; 2:8 ; 22:13), et Thomas l’appelle " mon Dieu " (grec : ho théos, c.-à-d. Jéhovah ; Jean 20:28) ! C’est à la lumière de ces textes qu’il faut comprendre Marc 13:32 et Jean 14:28.

Il est intéressant de noter le raisonnement de la Société Watchtower au sujet d’Ésaïe 43:10. Elle implique que seules les nations non-juives sont incapables de produire d’" autres dieux ", mais que Jéhovah peut faire d’autres dieux ! — Comment raisonner, p. 420.

Les TJ : Jésus n’est pas l’Alpha et l’Oméga d’Apocalypse 22:13 ; c’est le père qui parle.

Dans son livre Comment raisonner (pp. 419, 420) la Société Watchtower embrouille le problème en faisant appel à certaines traductions modernes qui insèrent le nom " Jéhovah " en Apoc. 1:8, où parle l’Alpha et l’Oméga. Mais les traductions citées ne sont que des versions récentes en Hébreu moderne qui ne sont pas fidèles au texte grec original. De toute manière, le verset 8 peut s’appliquer à Dieu, et pas seulement à Christ (raison de plus pour prouver la divinité de Christ à partir d’Apoc. 1:17 ; 2:8 et 22:13 !) ; il ne fait donc pas problème. La Société embrouille ensuite la question en essayant de prouver que puisqu’il est dit en Apoc. 21:6, 7 que l’Alpha et l’Oméga a des fils, il ne peut pas être Christ, car les frères de Christ ne sont jamais appelés " fils ". Elle reconnaît pourtant que Christ est le " Père éternel " (Ésaïe 9:6) de la prétendue " classe terrestre " ! — Voir La vie a bien un but, pp. 72, 73.

Le contexte d’Apoc. 22:12-16 montre que c’est Christ qui parle, celui-ci s’identifiant clairement au verset 16. Le titre " le premier et le dernier ", synonyme de " l’Alpha et l’Oméga ", s’applique clairement à Jésus en Apoc. 1:17. Ainsi, ces titres sont utilisés à la fois pour Jésus et pour le Père.

Tandis que les Chrétiens reconnaissent que Jésus n’est pas le Père et le considèrent comme une personne distincte de ce dernier, il n’empêche que le Père et le Fils sont inséparablement liés par leur nature. Ils sont tous deux également Dieu et adorés par toutes les créatures du ciel et de la terre. — Apocalypse 5:13, 14.