Article traduit du numéro de mars/avril 1997 du Free Minds Journal

On ressort la notion de "génération"

par Gary Busselman

En 1995 la Société Watchtower a abandonné son antique prédiction qui identifiait ceux qui vivaient en 1914 à la " génération " mentionnée par Jésus, génération qui ‘ ne devait pas passer ’ avant la venue d’Harmaguédon. Elle pouvait être satisfaite. Mais, à en juger d’après des rapports publiés par la Société elle-même, il y a un manque d’enthousiasme dans ses rangs, et elle est confrontée au dilemme suivant : (1) elle ne veut pas d’une autre prédiction au sujet de la fin du monde, car il lui faudrait plus tard la traîner comme un boulet, mais (2) il lui faut faire face à la chute de l’assistance aux réunions et du nombre des proclamateurs actifs (ainsi que des dons) dans les congrégations.

Rien ne motive autant les gens que la crainte et le sentiment de culpabilité. Il semble pourtant que, pendant un court moment, la Société ait perdu de son efficacité avec ces deux tactiques. Voici le message que les congrégations envoient clairement au siège mondial de la Société Watchtower : " Nous ne travaillerons plus aussi durement sans le spectre d’une fin imminente. " Les dirigeants de la Société ont reçu le message, et viennent de répondre d’une manière marquante. Le mot " génération ", qui était problématique, a été traité de façon caractéristique au moyen de termes ambigus, car ils se sont rendus compte qu’ils ne pourront atteindre leurs buts en employant des termes abstraits courants.

Réalisant que la nouvelle définition du mot " génération " ne sera manifestement pas suffisante pour continuer à faire travailler diligemment les masses, le Collège central a commencé à mettre l’accent sur des termes familiers équivalents, comme " âge ", " jour " et " temps ", et à leur appliquer l’ancienne définition de " génération ". Encore une fois, on se trouve en présence de mots " anciens " ayant de " nouvelles " définitions. La " génération " est de retour !

La Société Watchtower a réintroduit le concept d’une " génération " liée à la notion de durée au moyen d’une comparaison à peine voilée avec le temps de la fin aux " jours " de Noé. Notez ce qui suit :

" Les moqueurs de notre temps trouvent peut-être que rien n’a changé depuis la création, que la vie continue — on mange, on boit, on se marie et on élève ses enfants —, et que, même si Jésus est présent, il n’exécutera pas le jugement de leur vivant. Mais ils se trompent lourdement. À moins qu’ils ne meurent d’autre chose avant, ces individus verront à coup sûr le jour redoutable de Jéhovah s’abattre sur eux, de la même façon que la génération méchante de l’époque de Noé a disparu dans le cataclysme diluvien. " — La Tour de Garde, 1er mars 1997, p. 19.

Ici, le début d’Harmaguédon est lié à la durée de vie des " moqueurs de notre temps ". Il s’agit là tout simplement d’un retour à l’ancienne explication de la " génération ", selon laquelle Harmaguédon surviendrait du vivant des fidèles d’aujourd’hui.

" Notez qu’il n’est pas dit seulement que Dieu soignera la racine du mal en éliminant les gens avides, mais aussi qu’il le fera à notre époque. Comment peut-on l’affirmer ? Selon cette prophétie, Dieu agit en un temps où l’homme ‘ ruine ’ la terre. Quand ces mots ont été rédigés, il y a près de deux mille ans, l’homme n’avait pas le pouvoir, ni numériquement, ni techniquement, de ruiner la terre. Mais la situation a changé. ‘ Pour la première fois dans l’Histoire, fait remarquer La protection des forêts tropicales : une tâche internationale prioritaire, l’humanité est en mesure de détruire les bases de sa survie non seulement à l’échelle d’une région ou d’un secteur, mais à l’échelle mondiale. ’

" ‘ Le temps fixé ’ où le Créateur agira contre ‘ ceux qui ruinent la terre ’ est proche. " — Réveillez-vous !, 22 mars 1997, p. 13.

Ils se sont contentés de remplacer l’expression " dans notre génération " par " à notre époque ". Nous lisons également :

" ‘ Les humains ont toujours connu des conditions de vie semblables, direz-vous peut-être. Comment savoir si notre génération est celle qui a été annoncée dans les prophéties ? ’ Analysons trois raisons qui nous font dire que Jésus parlait effectivement de notre époque.

" Tout d’abord, bien que les paroles de Jésus aient eu un premier accomplissement partiel lorsque Jérusalem et son temple ont été détruits, elles annonçaient une époque lointaine. […]

" De plus, au XXe siècle, certains éléments du signe donné par Jésus s’accomplissent dans une mesure sans précédent. Les guerres, par exemple, peuvent-elles être pires que celles qui font rage depuis 1914 ? […]

" Finalement, le signe des derniers jours est particulièrement convaincant lorsqu’il est pris dans son ensemble. Quand on considère en bloc les événements que Jésus a annoncés dans les trois évangiles, ceux qui sont mentionnés dans les lettres de Paul et ceux qui figurent dans la Révélation, ce signe se compose de très nombreux éléments. Une personne pourrait peut-être ergoter sur chaque aspect pris individuellement, affirmant que d’autres époques ont connu les mêmes difficultés ; mais si on considère tous les éléments dans leur ensemble, ils désignent sans erreur possible une seule et même génération : la nôtre. " — La Tour de Garde, 1er avril 1997, pp. 7, 8.

" Et quand nous considérons la prophétie consignée en 2 Timothée 3:1-5, n’avons-nous pas l’impression de prendre connaissance de l’actualité ? Qualifiant notre époque de ‘ derniers jours, […] ’ " — Ibid., p. 10.

" ‘ Un peu de temps encore, promet Jéhovah, et le méchant ne sera plus. ’[…]

" En 1914, le monde est entré dans ses ‘ derniers jours ’. (2 Timothée 3:1-5, 13.) Cela fait maintenant 83 ans, et cette période va bientôt s’achever par une situation que Jésus a annoncée en ces termes : ‘ Il y aura une grande tribulation […] ’. " — Ibid., p. 14.

Remarquez chaque mot et expression employés par les rédacteurs de la Société Watchtower : " notre époque ", " temps ", " notre génération " (de nouveau) et, de façon intéressante, " au XXe siècle ". Le but de ces trois publications est très clair : réintroduire dans l’esprit des Témoins de Jéhovah un sentiment d’urgence (de crainte), afin de donner de l’élan à l’habituelle campagne de recrutement printanière et à son corollaire, le " maximum " de proclamateurs. Dans le passé, la Société Watchtower a employé cette stratégie avec un succès incroyable. Sera-t-elle efficace cette fois ?